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Roman.
Verlag C. H. Beck: Munich 2016.
320 p.; Eur (A) 22,60.
ISBN 978-3-40669740-1.
Sabine Gruber
Extrait
Bruno Daldossi est photographe de guerre. Il vit à Vienne, vient du Tyrol du Sud, et, après quelque trente ans de métier, a pratiquement cessé de photographier, de fixer sur image les zones de crise et de guerre. Maintes fois il a frôlé la mort de près, et maintes fois il a vu mourir des amis photographes.
Daldossi tente de dissimuler ses souvenirs de corps massacrés, de scènes de panique, de misère et de pauvreté sans borne, de fuite et de mitraille, de champs de mines et d’enfants mutilés, traumatisés, marqués à vie, sous un cynisme rageur, sous une bonne dose d’alcool et derrière des aventures d’une nuit. Sa compagne Marlis, zoologue et directrice à Zwettlburg d’un refuge qui accueille et soigne les ours, l’a quitté. Elle s’est éprise d’un prof vénitien avec qui elle est partie vivre.
Daldossi décide alors de se rendre à Venise pour reconquérir Marlis. Il connaît vaguement son adresse. Et il se réveille soudain dans une chambre d’hôtel déjà réglée, car il a retrouvé Marlis, ou plus exactement, c’est elle qui l’a trouvé, couché ivre mort devant chez elle. Ce qui met un point final à leur relation.
Peu de temps avant, Daldossi avait croisé l’ex-femme de son ancien collègue Schultheiß, la journaliste Johanna, en route pour Lampedusa où elle voulait réaliser pour un magazine féminin un reportage sur les femmes réfugiées ; après l’échec cuisant de Venise, il décide de rejoindre Johanna. Alors que celle-ci est tombée gravement malade, Daldossi explore l’île à vélomoteur, à la recherche de bateaux de migrants partis d’Afrique du Nord. Il finira par louer un petit cotre et par s’embarquer sur la mer.
Ce roman raconte le psychodrame d’un homme dévasté par son observation du monde et qui n’a plus aucun soutien. Daldossi n’a plus rien à quoi se raccrocher : une moitié du monde ne lui semble plus qu’une série de motifs photographiques, et l’autre moitié – cette Europe Centrale et de l’Ouest fallacieuse, pseudo-idyllique et pétrie de faux-semblants – ne représente plus pour lui, qui a traversé toute l’horreur du monde, un «pays natal». Il n’y a plus d’interpénétration entre ces deux hémisphères, et le travail d’éclairage du monde est devenu chose vaine.
Sabine Gruber nous livre là un roman abouti, opulent, à la composition habile et au style subtil, un roman émouvant et obsédant, et un roman du temps prodigieusement sensible.
Extrait du compte-rendu d’Alexander Kluy, août 2016,
traduit par Nathalie Rouanet
Compte-rendu intégral: http://www.literaturhaus.at/index.php?id=11212
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